Alimentation et cancer du sein : info ou intox ?

Alimentation et cancer du sein : info ou intox ?

1. Le soja augmente le risque de cancer du sein

Le soja par sa teneur en isoflavone, phyto-oestrogène (phyto = plante - oestrogène = hormone « féminine ») interroge.

On retrouve des isoflavones dans tous les végétaux mais en quantité + importante dans le soja et les aliments dérivés : tofu, tempeh, miso, edamame…. (cela ne concerne pas la sauce soja et les « pousses de soja » qui sont des pousses de haricot mungo).

Des études épidémiologiques ont démontré une plus faible incidence de cancer du sein en Asie, où la consommation de soja est importante et ce dès le + jeune âge.

Pour autant, ces études seules ne permettent pas d’affirmer à l’heure actuelle que la consommation de soja est recommandée pour diminuer le risque d’apparition de cancer. Est-ce véritablement cette consommation qui diminue le risque chez les populations asiatiques, ou est-ce la conséquence d’autres habitudes de vie ?

Le World Cancer Research Fund (WCRF) et l'American Institute for Cancer Research (AICR) ont dans un rapport en 2014 établi : une diminution de la mortalité (toutes causes confondues) associée à la consommation élevée d’aliments contenant du soja (moins de 12 mois après le diagnostic ou au au-delà d’un an).

Toutefois le panel d’experts indique que ces données ne sont pas suffisantes pour établir des recommandations spécifiques. 

Pour autant, cela permet d’infirmer que le soja augmente le risque d’apparition de cancer du sein.

Actuellement, les recommandations de consommation pour le tout venant (hors enfant < 3 ans, femme enceinte et allaitante) pour la consommation sont de 1mg d’isoflavones/kg/jour soit si vous pesez 60kg = 60mg d’isoflavones / jour , sachant que 100g de tofu = 10 à 30 mg d’isoflavones, tout en privilégiant les produits peu transformés.

Pendant ou après le cancer :Les études ne sont pas suffisantes pour prouver un bénéfice de la consommation de soja sur le risque de récidive. Les précautions sont donc les mêmes qu’en prévention du cancer du sein.

Pendant le traitement : le principe de précaution est de mise avec une consommation de maximum 2 aliments dérivés du soja par semaine, afin d’éviter des interactions éventuelles des isoflavones avec l’effet de l’hormonothérapie.

Les compléments à base de soja sont dans tous les cas déconseillés en prévention du cancer du sein, pendant les traitements ou en prévention de récidive.

Résumé en video

2. Le sucre nourrit les cellules cancéreuses

C’est vrai. Le sucre nourrit les cellules cancéreuses, mais pas que.

Le sucre nourrit toutes les cellules de notre corps,

et les cellules cancéreuses ne se nourrissent pas que de sucre.

Avant d’aller + loin il est important de préciser le propos : il n’existe pas UN sucre mais des sucres.

Les sucres ou glucides font partis des macro nutriments qui apportent à notre corps de l’énergie sous forme de calories (comme les lipides et protéines).
Nos besoins journaliers sont d’environ 50% de nos besoins caloriques.

Ces 50% correspondent principalement aux glucides complexes (ou « lents ») : c’est à dire les glucides issus des féculents : produits céréaliers, pommes de terre, légumes secs… Ce sont des molécules complexes qui nécessitent plusieurs procédés de digestion, et qui augmentent faiblement la glycémie (selon le type de cuisson et transformation). Ils représentent le principal substrat énergétique de notre cerveau.

Les glucides simples (ou « rapides ») correspondent aux : fructose (sucre du fruit), lactose et galactose (sucre des produits laitiers), saccharose (sucre de table), glucose (fruits, miel...). Il s'agit des "sucres"  mentionnés sur le tableau nutritionnel de l’étiquetage alimentaire. Leur digestion et absorption est + rapide que les glucides complexes, mais encore une fois tout dépend du contexte de consommation (contenu de l'assiette, cuisson, transformation...)

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) recommande, pour un adulte, de ne pas consommer + de 100g de sucres (saccharose, fructose, galactose) par jour, et l’OMS à - de 10% de la ration énergétique totale.

Exemple pour une femme de 45 ans, avec une activité physique modérée, les recommandations seraient de : 51g de glucides simples soit environ : un yaourt + un fruit + 30g de muesli + 150mL de lait + un carré de sucre par jour.

Sur l’étiquetage nutritionnel :

Glucides correspond au total des glucides complexes + simples
Sucres correspond aux glucides simples uniquement

Les glucides complexes sont indispensables pour maintenir un bon état nutritionnel.

Lorsque l’on est atteint d’un cancer, très souvent l’appétit est diminué, ce qui est majoré par les effets secondaires des traitements. Une perte de poids et un état de dénutrition sont à risque pour la bonne efficacité du traitement.

A pathologie égale, un patient dénutri a un risque de mortalité plus important qu’un patient non dénutri (Réseau NACRe : Nutrition Activité physique Cancer Recherche).

Pour autant, plusieurs études prospectives, comme NutriNet-Santé (INRAE/Inserm), ont montré une association entre une consommation élevée de sucres (surtout sucres ajoutés, boissons sucrées, desserts lactés sucrés) et un sur-risque de cancer du sein, en particulier chez les femmes pré-ménopausées.
Les mécanismes de cette association sont encore indéterminés.
On suspecte que ce soit lié à la prise de poids, à l’inflammation, à la résistance à l’insuline et aux perturbations hormonales causées par une alimentation trop riche en sucres simples.

Les recommandations actuelles (World Cancer Research Fund (WCRF) ) concernent d’avantage la consommation de boissons sucrées (soda, jus) à limiter à maximum un verre par jour (et pas tous les jours).

Au regard de ces deux points, on peut sans risque conclure que l’important est une alimentation variée et équilibrée, riche en fibres, sans excès (boisson sucrées, produits transformés) ni carences (fibres), répondant aux besoins du corps et de l’esprit.

Le sucre n’est pas à bannir mais à intégrer dans un mode de vie sain.

 

3. Boire un peu de vin est bon pour la santé

La consommation d’alcool est déconseillée, quel que soit le type de boisson (vin, bière, spiritueux). En effet, l’alcool est considéré comme un agent cancérogène (groupe 1) dans la classification du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) et ce depuis 1988.

"En 2020, l’alcool a été responsable de 40 000 nouveaux cas de cancer du sein dans une partie de l’Europe (CIRC, 2020). Même une faible consommation quotidienne d’alcool augmente le risque de cancer du sein, et ce risque s’accroît avec une consommation plus importante (Zhou, 2022)." (Centre de Lutte contre le cancer Léon Bernard)

Pendant le traitement contre le cancer, l'alcool est également à éviter. Sa consommation altère l'efficacité du traitement et majore les effets indésirables.

En cas de difficultés avec l'alcool : parlez en à un professionnel de santé ou RDV sur alcool-info-service.


4. Les viandes rouges sont à bannir

La viande rouge correspond au viandes de bœuf, veau, porc, agneau, mouton, cheval ou la chèvre.

La consommation de viande rouge a été classé comme « probablement cancérogène » (groupe 2A) par le CIRC en 2015.

Une consommation excessive de viandes rouges et surtout de charcuteries est associée à un risque accru de certains cancers (colorectal , pancréas et prostate), mais le lien avec le cancer du sein est moins clair.

Les recommandations conseillent de limiter la consommation à 500g par semaine (équivalent de 3 ou 4 steaks), sans pour autant les diaboliser. Car la viande rouge est une importante source de fer et vitamine B12, des nutriments essentiels pour prévenir l’anémie.


5. Le jeûne peut aider à guérir du cancer

Le réseau NACRe, dans son rapport d'expertise en 2017, conclue que la pratique du jeûne n'a jamais démontré son efficacité chez l'homme par rapport à la prise en charge du cancer.

"Au contraire, les études cliniques montrent que les patients en cancérologie perdent du poids et de la masse musculaire. Or, durant les traitements, l’amaigrissement est justement à éviter car il augmente la toxicité médicamenteuse, ce qui peut aboutir à l’arrêt des traitements". (rose-up)

 

En résumé donc :

Pour la prévention du cancer du sein et tout cancer confondu,

une alimentation variée, équilibrée, répondant aux besoins du corps (et de l'esprit) est préconisée.

 

 

En prévention, l’alimentation n’est pas l’unique sujet à prendre en considération dans la prévention des cancers : l’activité physique, l’exposition aux perturbateurs endocriniens sont également des leviers d’action pour l’individu, mais aussi pour les politiques de santé publique.

Les traitements du cancer peuvent entraîner des effets indésirables altérant l'état nutritionnel du patient, si tel est votre cas, n'hésitez pas à demander un accompagnement diététique au sein du centre hospitalier qui vous prend au charge, ou à prendre RDV.

Sources :

Réseau NACRe
Fondation ARC (fondation pour la recherche sur le cancer)
Mangerbouger.fr
Rose-up.fr

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